< Back

Bach au koto

Les Variations Goldberg (BWV 988)
transcrites pour koto japonais*
par Mieko MIYAZAKI

*cithare traditionnelle japonaise
à 13 cordes se jouant avec trois doigts

Bach au koto

Mieko Miyazaki nous fait découvrir sa version des Variations Goldberg au KOTO ! Une prouesse artistique de très haut niveau par une interprète exceptionnelle. Un CD fantastique qui prouve que la musique de Bach est intemporelle et évidemment multi-culturelle. “Alors que je pratiquais intensément le koto pour entrer au Conservatoire au Japon, je découvris, sur les recommandations de mon père l'enregistrement des Variations Goldberg réalisé par Glenn Gould en 1981. Cet album, qui a fasciné le monde entier, a eu un impact considérable sur la lycéenne que j'étais. Etudiant la musique traditionnelle à Tokyo, j'appréciais également la « techno » et la « bossa nova ». À ce moment-là, je fis une copie du CD sur cassette, copie que j'écoutais jour et nuit. Cette musique virtuose et poétique m'inspira le rêve de la jouer, un jour, sur mon instrument. Lors de la transcription de la partition pour piano, je dus adapter une musique composée pour un clavier de 88 touches et nécessitant l'usage des deux mains, pour un instrument se jouant avec trois doigts sur 13 cordes. Il est donc virtuellement impossible de jouer l'ensemble des sons de la partition originale. Par ailleurs, lorsque l'on ramène l'accord du Koto, traditionnellement basé sur un mode pentatonique, à une gamme diatonique, l'étendue se trouve ainsi réduite à une octave et demie, ce qui crée un manque conséquent dans les tessitures graves et aigues. La technique particulière du koto consistant à utiliser la main gauche en appui sur les cordes afin de relever la note d'un demi-ton rend inévitable, dans toute transcription pour koto que certains sons du texte original restent donc manquants. Rappelons, que les compositions pour cet instrument sont traditionnellement basées sur 13 notes… Déterminée, malgré cette difficulté, à vivre les Variations Goldberg en solo, j'ai commencé en 2002 à transcrire les premières variations. Après ce qui me sembla être un interminable processus de recherche et d'essais, je parachevais, 15 ans plus tard, la transcription de l'intégralité de l'oeuvre. Le grand maître aveugle Yatsuhashi Kengyo a créé le style de koto existant actuellement au Japon, style par la suite transmis de générations en générations à partir du VIIIème siècle ; L'année 1685, marquée par la mort de Yatsuhashi, est aussi l'année de naissance de Jean Sébastien Bach. J'ai toujours ressenti quelque chose de profond dans cette coïncidence.” Mieko Miyazaki

J.S. Bach et Kengyo Yatsuhashi << Kengyo Yatsuhashi est mort en 1685, l'année où est né Bach >>... Cette expression récente s'adresse avec fierté au japonais méconnaissant le Koto. Kengyo Yatsuhashi (1614-1685) est le fondateur de la musique de koto, ces compositions comprennent nombre de merveilleux solos. En particulier << Rokudan >>, chef-d'ouvre universellement apprécié , cette pièce composée de six sections sous forme de variations est jouée dans le mode pentatonique mineur appelé hira-jyoshi (La-Si-Do-Mi-Fa) ,dont Yatsuhashi est le créateur. En fait, l'expression << Kengyo Yatsuhashi est mort en 1685, l'année où est né Bach >> met en évidence l'existence d'une telle musique au Japon dès le début du 17e siècle. De nos jours, en effet , dans un Japon dominé par la musique occidentale, il est plus facile de faire connâitre la très ancienne tradition musicale du Koto et son excellence en citant J S Bach, génie universellement reconnu. Le koto, tel que le joue Mieko Miyazaki, reste un instrument pratiquement inchangé depuis l'époque de Yatsuhashi, il compte 13 cordes tendues sur une longue caisse de résonance en bois de paulownia formant une légère courbe, et s'accorde par le déplacement de chevalets mobiles appelés << ji >>. Les cordes, traditionnellement en soie, sont aujourd'hui en matières synthétiques, ce qui permet davantage de tension. Le charme du koto réside principalement dans sa belle sonorité. Le koto existait bien avant l'époque de Kengyo Yatsuhashi. Cet instrument joué principalement à la cour impériale de Chine est introduit au Japon à l'époque de Nara (710-794). Il est alors associé à d'autres instruments à vent et à cordes pour produire des sons continus que l'on peut entendre aujourd'hui dans le gagaku (la musique de cour japonaise). Depuis lors , le koto se développe progressivement pour acquérir ses premières lettres de noblesse avec Kengyo Yatsuhashi.

Après Kengyo Yatsuhashi, la musique de koto se transmet essentiellement par la guilde des aveugles appelée << tôdô >>, guilde officiellement reconnue par le gouvernement shogunal. En outre, le titre du premier rang officiel du tôdô provient du nom de Kengyo. Le tôdô contribue aussi à la transmission de la musique de shamisen << Jiuta >>(sorte de luth japonais), le koto et le shamisen se jouent ensemble au 18e siècle. Le fait qu'au Japon la plupart des joueurs de koto , à l'instar de Mieko Miyazaki , jouent aussi du shamisen s'explique dans ce contexte historique.

Au 21e siècle, afin de mieux faire connaître la musique traditionnelle japonaise, les cours d'instruments traditionnels japonais sont imposés en classes de musique dans le programme des collèges. C'est un changement d'orientation majeur depuis l'introduction ,en 1879, de l'enseignement musical à la mode occidentale dans le système scolaire japonais. Dans les cours de musique traditionnelle adoptés depuis 2002, le koto est le plus utilisé. Le koto est certainement l'instrument représentatif du Japon. Il est aussi l'instrument traditionnel le plus joué et on compte actuellement entre deux cent mille et deux cent cinquante mille pratiquants. Mieko Miyazaki Depuis Michio Miyagi, la musique pour koto est remarquée en tant que musique instrumentale, tout comme la musique moderne et contemporaine. Cependant, Mieko Miyazaki fait revivre le style unissant le chant et l'instrument, ce qui est le trait le plus caractéristique de sa musique. C'est un véritable auteur-compositeur-interprète . Ses mélodies expriment un trait essentiel de la tradition japonaise mêlé d 'éléments de musique populaire et de musique moderne. son style est donc très différent d'un simple jeu de koto <<à l'occidentale>>. Sa musique incomparable, son remarquable sens mélodique enrichi de nuances actuelles, a évidemment été remarqué à l'étranger.Personnellement, je pense que le fait que Mieko se soit installée en France où est né l'impressionnisme était inévitable. Après l'écoute de la musique japonaise à l'exposition universelle de Paris, Claude Debussy, compositeur très populaire au Japon, a exprimé en 1915 son aspiration dans << Sonate pour flûte, alto et harpe >> avec une instrumentation singulière. Cette ouvre est reconnue dans le monde entier comme l'un des chefs-d'ouvre de la musique de chambre. Près d'un siècle plus tard, la musique pour koto violon et accordéon composée à son tour par Mieko avec son instrumentation si particulière, comment sera t-elle reçue au-delà des frontières japonaises ? << La chanson de Katyusha >>, composée par le compositeur Shinpei Nakayama en 1914 est une chanson aimée des Japonais. Est-ce seulement moi qui y trouve un point commun entre les lyrismes japonais et français ? Le koto, le violon et l'accordéon... est la combinaison d'instruments idéale pour un tel lyrisme. J'espère que la fusion de la technique et de la sensibilité remarquables de ces trois musiciens révèlera sur la scène mondiale les possibilités de ce vieil instrument : le koto. Takafumi Tanaka : rédacteur en chef de << Hogaku journal >>.(le journal de la musique japonaise.) Après la fin de l'époque d'Edo (1603-1867) durant laquelle le Japon est gouverné par la classe guerrière, l'abolition du tôdô provoque une grande confusion dans le monde musical du Koto et du Shamisen . Au début du 20e siècle, Miyagi Michio*(1894-1956) , musicien de génie lui-même aveugle , créa un style hardiment nouveau dans la musique de koto alliant des éléments de la musique occidentale à ceux de la musique traditionnelle. En 1921, il invente le koto à dix-sept cordes (ju-chigen)et l'enrichi ainsi de notes graves, puis se met en campagne pour la << nouvelle musique japonaise >>. Malgré une certaine opposition de la part de musiciens et critiques conservateurs, ce mouvement se répand peu à peu grâce à des tournées nationales, et à l'éclosion de la radio et du disque qui permettront son succès. Après la Seconde Guerre mondiale, tandis que les compositeurs de musique de style occidental cherchent leur identité japonaise, des joueurs de koto et de sakuhachi (flûte de bambou traditionnelle) recherchent une nouvelle forme d'expression musicale, ils s'entraident alors les uns les autres pour créer des pièces originales. Les années soixante furent la période de floraison de la musique moderne. Des solos pour koto à dix-sept cordes furent composés. De nouveaux kotos furent réalisés avec davantage de cordes (successivement trente, vingt et vingt-cinq cordes). Durant les années quatre-vingt, alors que la musique d'avant-garde aboutit à une impasse, des musiciens s'intéressent de nouveau à l'importance de la mélodie et au lyrisme. Les jeunes musiciens commencent alors à présenter leurs propres ouvres sans avoir recours aux compositeurs. Dans les années quatre-vingt-dix, sous l'effet du boom des musiques du monde, la musique traditionnelle japonaise s'unit à la musique pop. L'apparition de groupes de styles divers jouant avec des instruments variés attire la sympathie de la plupart des Japonais qui ignoraient jusqu'alors les instruments traditionnels du Japon. C'est à ce moment précis que Mieko Miyazaki démarre une brillante carrière en composant ses propres ouvres. Dans ses concerts , elle se produit parfois en solo, parfois accompagnée au piano et à la contrebasse. Sa libre sensibilité se distingue a tel point qu'elle provoque la disparition de notion de genre musical particulier. Ce mouvement est très différent du milieu du koto des écoles traditionnelles..